Congo-Brazzaville-Tribune : Denis Sassou-Nguesso a été réélu largement ! Et maintenant ? (Par Donald Mankassa)

La victoire est sans appel ! Par son ampleur, elle appelle désormais moins les commentaires sur le scrutin qu’une réflexion sereine sur l’avenir collectif. Une fois la séquence électorale refermée, le pays se retrouve face à la seule question qui vaille : comment transformer ce mandat en levier de cohésion nationale et de progrès partagé ?

Un score aussi élevé ne doit pas seulement être lu comme une confirmation politique ; il doit être reçu comme une invitation au rassemblement. Il engage le pouvoir, mais aussi l’ensemble des forces vives de la nation, à regarder dans la même direction. Plus la victoire est large, plus elle crée le devoir d’ouvrir, d’écouter et de fédérer autour de priorités capables de parler à tous les Congolais.

Le Congo a besoin d’infrastructures, d’une administration plus performante, d’une meilleure gouvernance économique, d’une attention soutenue à la santé et à l’éducation. Mais derrière toutes ces urgences se trouve une évidence que l’on a trop longtemps différée : la jeunesse doit devenir le cœur du nouveau mandat. Car enfin, combien de temps encore le pays peut-il se permettre de parler de sa jeunesse comme d’une simple promesse ? À force de la renvoyer à demain, on finit par lui refuser le présent. Or une nation qui éloigne ses jeunes de l’espérance fabrique elle-même ses propres fragilités.

Le premier chantier est celui de l’école. Non pas seulement l’école comme lieu de transmission, mais comme matrice d’émancipation. Il ne suffit plus d’instruire ; il faut préparer à l’insertion, à l’innovation, à la capacité d’agir dans un monde transformé par le numérique, la mobilité et l’économie du savoir. Une jeunesse bien formée mais sans débouchés finit par vivre le diplôme comme une promesse trahie.

Le deuxième chantier est celui de l’emploi. Il devient urgent de créer des passerelles entre la formation et le marché du travail, de soutenir les PME, l’agriculture moderne, les métiers du numérique, les industries culturelles et créatives. L’État ne peut pas tout, mais il peut créer les conditions d’un écosystème où l’initiative des jeunes trouve enfin un terrain fertile.

Le troisième chantier, plus silencieux mais décisif, est celui de la confiance. Beaucoup de jeunes ne demandent pas l’assistance ; ils réclament la lisibilité. Ils veulent savoir si l’effort, la compétence et le mérite peuvent encore ouvrir un chemin. Une société vacille lorsque sa jeunesse cesse de croire que le travail peut changer une destinée.

C’est pourquoi le temps qui s’ouvre devrait être celui d’un véritable pacte national avec la jeunesse congolaise. Ce pacte supposerait des mesures concrètes : financement de l’entrepreneuriat jeune, réformes ambitieuses de l’enseignement technique et supérieur, accès au crédit, encouragement de l’innovation locale, soutien aux initiatives associatives, culturelles et sportives.

Mais au-delà des dispositifs, il faut une vision commune. La jeunesse n’est pas un problème à gérer ; elle est une énergie à unir autour d’un projet national. Elle n’est pas une catégorie administrative ; elle est la réserve stratégique du pays, celle qui peut renforcer le sentiment d’appartenance, consolider l’unité et porter l’espérance républicaine.

La réélection largement acquise du président ouvre donc une opportunité rare : celle de transformer la force du résultat en profondeur de l’action, mais aussi en capacité de rassemblement au service de l’intérêt général. Après la victoire, il ne s’agit plus de convaincre ; il s’agit de bâtir.

S’il fallait un signe fort pour donner un sens durable à ce nouveau mandat, ce serait sans doute celui-ci : faire de la jeunesse non plus le décor des discours, mais l’architecte du Congo de demain.

Donald Mankassa, ancien candidat à la députation