Au Congo-Brazzaville, les hydrocarbures ont trouvé une adversaire de taille : Vitaline Vanessa Morabo Okoletimou. À travers sa thèse de doctorat, cette chercheuse s’attaque avec force et détermination à un défi environnemental majeur : la dépollution des sols contaminés par les activités de raffinage du pétrole. Une bataille scientifique où les hydrocarbures, loin de se laisser facilement déloger, sont désormais confrontés à l’ingéniosité de la recherche universitaire.
C’est à l’auditorium de la présidence de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville que la doctorante a présenté, avec luxe et détails, ses travaux consacrés au traitement des boues de raffinerie par la technique du landfarming, avec une attention particulière portée à l’optimisation de la dégradation des polluants grâce à l’incorporation de substrats organiques, notamment le compost et le fumier de cheval, sous le regard admirateur de son directeur de thèse, le Dr Jean de Dieu Nzila, Maître de Conférences CAMES en Sciences du Sol et de l'Environnement à l'Unviresité Marien Ngouabi.

Un sujet sérieux, aux enjeux bien réels, qui rappelle que lorsque le pétrole enrichit l’économie, ses résidus peuvent, eux, compliquer sérieusement la vie des sols et de l’environnement.
Derrière ce sujet aux allures de formule savante se cache une ambition concrète, trouver des solutions pour réduire la pollution des sols par les déchets pétroliers, notamment ceux issus des activités de raffinage à Pointe-Noire, la capitale économique du Congo.
Pour mener ses investigations, Vitaline Vanessa Morabo Okoletimou a étudié trois types de sols contaminés par différents sous-produits pétroliers. Les résultats obtenus révèlent des taux de dégradation des hydrocarbures de 67,19 % pour le premier sol, 52,75 % pour le deuxième et 9,18 % pour le troisième.
Le premier sol affiche ainsi les meilleurs résultats, suivi du deuxième, tandis que le troisième résiste davantage au traitement. Une différence qui souligne la complexité de la dépollution et la nécessité d’adapter les méthodes à la nature des contaminants.
Dans cette expérience, le compost et le fumier de cheval ne sont pas là pour faire de la figuration. Ils s’inscrivent dans une démarche scientifique visant à améliorer le traitement biologique des sols pollués. Comme quoi, en matière d’environnement, les solutions ne viennent pas toujours des équipements les plus sophistiqués : parfois, la recherche sait aussi regarder du côté de la matière organique !
Toutefois, les résultats montrent que le chemin reste à parcourir pour parvenir à une dépollution optimale, notamment lorsque les sols présentent des mélanges complexes de déchets pétroliers.
Une soutenance sous le regard d’un jury de haut niveau
Pour défendre ses travaux, la doctorante a fait face à un jury composé d’éminents enseignants-chercheurs du Congo et du Togo.
Présidé par le professeur titulaire CAMES Jean-Mathurin Nzikou, de l’Université Marien Ngouabi, le jury comptait également le professeur titulaire Kouami Kokou, de l’Université de Lomé, en qualité de rapporteur externe, et Kielé Molingo Mbemba, épouse Boutoukanakio, maître de conférences CAMES de l’Université Marien Ngouabi, comme rapporteure interne.
Les fonctions d’examinateurs étaient assurées par le professeur titulaire Gnon Baba, de l’Université de Lomé, et le maître de conférences Martin Tchoumou, de l’Université Marien Ngouabi.
La thèse a été dirigée par le docteur Jean de Dieu Nzila, maître de conférences CAMES en sciences du sol et de l’environnement, qui dirige également le Laboratoire de recherche en Géosciences et Environnement (LARGEN).
La présence des doctorants et des enseignants-chercheurs de ce laboratoire a donné à cette rencontre scientifique une dimension particulière, témoignant du dynamisme de la recherche universitaire congolaise.

Une chercheuse face à un défi environnemental de taille
Au-delà de l’exercice académique, les travaux de Morabo Okoletimou Vitaline Vanessa abordent une question essentielle pour un pays où l’industrie pétrolière occupe une place importante : comment mieux gérer les déchets issus du raffinage et limiter leurs conséquences sur les sols ?
En apportant des données expérimentales sur l’efficacité du landfarming, cette recherche contribue à enrichir les connaissances sur les possibilités de traitement biologique des sols contaminés. Elle met également en évidence les limites de cette approche selon la nature des polluants et souligne l’intérêt de poursuivre les recherches.
Car si les hydrocarbures sont parfois difficiles à faire disparaître, la science, elle, ne manque ni de patience ni de méthode.

Avec cette thèse, Vitaline Vanessa Morabo Okoletimou place la recherche environnementale au cœur des préoccupations du développement durable.
Une contribution qui rappelle qu’entre le pétrole et la nature, il n’est pas toujours nécessaire de choisir un camp : l’essentiel est de trouver les moyens scientifiques de réparer les dégâts.
Et si le fumier de cheval peut apporter sa pierre à l’édifice, la recherche, elle, garde les yeux rivés sur l’objectif : des sols moins pollués et un environnement mieux protégé.
Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo-Brazzaville