Congo – Economie : Comment concilier l'endettement et le désendettement pour la création de la richesse nationale par une stratégie d'industrialisation

Congo – Economie : Comment concilier l'endettement et le désendettement pour la création de la richesse nationale par une stratégie d'industrialisation

Le Palais des Congrès de Brazzaville a abrité, le 12 août dernier, une conférence-débat sur le thème : ''Comment concilier l'endettement et le désendettement pour la création de la richesse nationale en République du Congo''. Organisé par Le Café du Savoir, le rendez-vous du bon sens et de la connaissance, la rencontre s’est déroulée sur l’initiative du coordonnateur Serge Ikiémi, avec le docteur Firmin Kitsoro Kinzounza comme conférencier sous la modération du Professeur Bethuel. Tois éminents économistes, enseignants-chercheurs à l’université Marien Ngouabi.

En effet, le débat intellectuel a pour but d'éveiller les consciences sur une réalité donnée. Concilier l'endettement et le désendettement pour industrialiser la République du Congo implique de financer des projets productifs générateurs de revenus plutôt que de subir des politiques d'austérité. La dette devient un levier utile si la richesse créée permet son propre remboursement et stimule l'économie nationale.

La réponse à ce questionnement se trouve dans la proposition du changement de paradigme que propose le docteur Kitsoro Kinzounza, à savoir « la dette ne doit plus être vue comme un simple fardeau financier, mais comme un symptôme de déséquilibre structurel profond. L'enjeu n'est pas seulement le niveau de la dette, mais sa soutenabilité via la création de richesses. Le deuxième point-clé concerne les quatre concepts qui émergent donc de ce propos et qui constituent le socle de la transition économique, à savoir la dette productive contre la dette improductive ».

Pour le docteur Firmin Kitsoro Kinzounza, « le problème n'est pas l'endettement en soi, mais l'affectation des ressources. La dette doit financer les investissements productifs, la création des usines, les énergies, l'agriculture etc. donc capable de générer des revenus pour son propre remboursement et non les dépenses de fonctionnement de l'État », a-t-il confirmé.

Le deuxième concept, c'est l'industrialisation autocentrée. Elle est présentée comme une exigence de souveraineté. C'est le mécanisme qui permet de transformer localement les ressources naturelles, que sont le bois, les mines, mais aussi les ressources agricoles, pour maximiser la valeur ajoutée. Le troisième concept clé qui constitue le socle de la transition que nous propose le docteur Kitsoro Kinzounza, c'est le cycle vertigineux de la dette, dans ce sens que l'endettement maîtrisé devrait conduire aux investissements productifs qui devraient générer la création des richesses et d'emplois, mais aussi les recettes fiscales à plus, pour améliorer la capacité de remboursement et donc le désendettement durable.

Le troisième point à retenir, ce sont les propositions que nous propose le docteur Kitsoro Kinzounza. Il insiste pour nous dire que pour réussir cette transition et propose les éléments suivants. Premièrement, il faut instaurer un état développementaliste, c'est-à-dire un état qui définit une vision de long terme et coordonne les acteurs à l'installation des modèles asiatiques comme cela s'est fait en Chine, en Corée du Sud, mais aussi à Singapour.

La deuxième proposition, c'est la redevabilité budgétaire, qui consiste à la vôtre d'une loi de redevabilité et donc la nomination d'un vérificateur général pour garantir que l'argent emprunté va bien aux projets prévus.

La troisième proposition, c'est les financements innovants. Il s'agit donc d'accéder aux marchés financiers internationaux et aux fonds de solidarité mondial en contournant les revendeurs d'argent habituels.

La quatrième proposition, c'est une stratégie industrielle de court terme, 6 à 24 mois. Il s'agit donc de cibler les filières à gains rapides, comme la production de chaux, de ciments, d'engrais, ou la transformation de la tomate et du bois. La cinquième proposition, c'est l'amélioration des recettes. Il s'agit donc là de renforcer la mobilisation fiscale et douanière pour couvrir les dépenses courantes sans emprunter. Le quatrième point qu'on a pu retenir de cet exposé, c'est une série de questions qui permettraient d'animer ce débat.

Par ailleurs, « il s'agit premièrement de comment distinguer précisément une dette productive d'une dette improductive ? La deuxième question, c'est quelles sont les filières industrielles prioritaires pour desserrer les taux de la dette au Congo ? La troisième question, c'est quels mécanismes adoptés pour garantir la redevabilité des ressources empruntées ? La quatrième question, c'est comment accroître simultanément les recettes fiscales et les revenus industriels ? La cinquième question, c'est comment construire concrètement un État développementaliste capable de piloter cette transformation sur 60 ans comme la Chine ? Alors, en conclusion, le docteur Kitsoro Kinzounza a terminé son exposé sur une équation forte, à savoir que la redevabilité associée au financement innovant et à l'industriel sous-ciblé devrait conduire au désendettement progressif mais aussi à la croissance durable de notre économie », s’est-t-il interrogé.

En conséquence, les principes d’un endettement productif sont : cibler les infrastructures de base, c’est emprunter uniquement pour l’énergie, les routes et les zones économiques spéciales afin de lever les freins à la production locale ; transformer les ressources sur place, donc financer la transformation du bois, des minerais et des produits agricoles pour exporter des produits à forte valeur ajoutée et garantir la rentabilité, choisir des projets industriels capables de générer des flux de devises des recettes fiscales suffisantes pour rembourser les créanciers.

Le docteur Kitsoro Kinzounza a expliqué lors de son exposé, comment faire pour que la dette ne soit pas une entrave pour le développement du Congo. Ayant donné entre autres, quelques pistes de solutions pour mettre fin au système d'endettement, notamment recourir au financement alternatif et innovant mis en place pour soutenir les pays sous-développés, afin d'atteindre les objectifs de développement durable ODD fixés par l'ONU et développer l'industrialisation. Les recettes fiscales et douanières devraient selon lui couvrir le fonctionnement de l'État. Nous devons quitter l'hérésie financière pour entrer dans l'orthodoxie financière. Cela sous-entend que nous puissions appliquer le principe selon lequel recettes fiscales et douanières doivent servir à couvrir le fonctionnement de l'État.

A noter que le cercle de réflexion Le Café du Savoir, rendez-vous du bon sens et de la connaissance a été créé le 10 juin 2010, avec pour vocation de créer un espace de débat intellectuel pour éveiller les consciences et afin de positiver la société.

VALDA SAINT-VAL / Les Echos du Congo-Brazzaville