L’épidémie à virus Ebola sévit en République démocratique du Congo et prend des proportions inquiétantes. Si rien n’indique pour l’heure que la capitale Kinshasa est touchée, un vol Paris-Détroit d'Air France a dû s'arrêter mercredi 20 mai à Montréal pour débarquer un passager ressortissant de République démocratique du Congo, en raison des précautions des États-Unis face à l'épidémie d'Ebola. Pourquoi ce principe de précaution n’est-il pas mis en place par Air France qui continu de grouper des vols Paris-Kinshasa-Brazzaville et vice-versa ?
En ayant dérouté le vol Paris-Détroit sur Montréal, Air France a déclaré avoir dû se plier au "refus d'entrée sur le territoire américain d'un client ressortissant congolais présent à bord".

Ce passager, pourtant sans symptôme, "a pu débarquer à Montréal", a ajouté la compagnie. "Il n'y avait pas d'urgence médicale à bord".
Et même là, le comité d’accueil pour cet infortuné, était digne de l’apocalypse, sans compter que le personnel navigant était astreint au port du masque pendant le vol, tant que ledit passager était à bord de l’avion.

Les États-Unis n'autorisent l'arrivée des ressortissants de la République démocratique du Congo que dans un seul aéroport, Washington-Dulles. Des structures sanitaires pouvant traiter ce certains cas douteux y sont adaptées.
Les voyageurs à destination du Congo-Brazzaville qui de tout temps ont toujours voyagé en bonne intelligence avec leurs frères de la RDC, en dépit de la durée du vol dû à l’escale de Kinshasa, sont en droit de s’inquiéter de la situation épidémiologique dans ce pays voisin et cet acte jurisprudentiel de l’avion dérouté ne fait que renforcer leur inquiétude.

L'OMS a déclenché dimanche une alerte sanitaire internationale pour faire face à la nouvelle flambée d'Ebola en RDC. "Je suis très inquiet de sa dimension et sa vitesse", a affirmé le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus.
L'Agence sanitaire de l'Union africaine a de son côté déclaré une "urgence de santé publique" continentale.
Pour le virus en circulation, il n’existe ni traitement ni vaccin et les mesures pour tenter d'endiguer sa propagation reposent donc essentiellement sur le respect des mesures barrières et la détection rapide des cas pour limiter les contacts.
Sans préjuger de quoi que ce soit, à l’instar de l’hantavirus qui s’est propagé à bord du navire de croisière "MV Hondius" devenu un cluster aux conséquences internationales que l’on sait, il y a lieu de se demander si les vols groupés desservant Brazzaville et Kinshasa ne représenteraient pas une mise en danger de la vie de certains voyageurs ?
Le même principe de précaution pris par les autorités américaines, s’impose, jurisprudence oblige, aux autorités du Congo-Brazzaville qui devraient en toute logique demander à Air France la mise en place d’un vol Paris-Brazzaville-Brazzaville-Paris, comme il en fut le cas en certains moments.
Outre la peur de la contagion, une démarche dans ce sens pour le Ministre des Transports et de l’Aviation civile, pourquoi pas le Premier ministre, éviterait aux voyageurs de Brazzaville en escale à Kinshasa où sont embarqués des passagers, le stress quasi traumatique de devenir de potentiels cas contacts, Dieu seul sait.

La raison d’État devrait dicter cette initiative, qu’importent les us diplomatiques, car prendre des précautions face à une épidémie qui couve dans un État voisin, c’est la différence entre un incident maitrisé et une crise qui déborde d’un État. Cela permet d’éviter l’effondrement du système de santé, de protéger l’économie et la stabilité sociale, de préserver la souveraineté et la sécurité.
C’est bien-sûr cela, le devoir de protection de l’État, ayant sans doute motivé les autorités américaines, qui pour un seul passager en provenance de la RDC, ont fait dérouter un avion.
Un seul, comparé aux dizaines débarquant à Brazzaville, qui passent par Kinshasa où ils en côtoient d’autres plus nombreux encore qui y embarquent. Le poids dans la balance, vaut action.
Et il est temps d’agir, car « tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin, elle se casse ».
Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville