Congo – Vie d’artiste : Avec le tube ‘’Yamboula manbandza’’, Gustavie Mbemba transforme son dépit amoureux en succès musical

Le morceau se fredonne et s’accompagne d’une danse qui rappelle les grands moments de la musique d’opérette congolaise, du genre ‘’Bouzitou bwa bantou, Très fâchés’’. Des paroles aussi simples, tirées d’un vécu qui peut bien être celui de toute femme délaissée au profit d’une autre. Une orchestration qui tient en haleine, avec un rythme raffiné, telle une berceuse, pourquoi pas une comptine ou plutôt une chanson de cour d’école. ‘’Yamboula mabandza’’ a conquis les cœurs et crée le buzz sur les réseaux sociaux, au point que les reprises se multiplient pour la coqueluche du moment.

Sous d’autres cieux, on parlerait de « tube de l’été ». Au Congo, c’est simplement une chanson parmi tant d’autres, avec la particularité que celle-ci cartonne et met le feu, « tiya ».

Son auteur est une artiste quasi atypique, que rien ne prédisposait à la musique.

Pas encore entrée dans la peau d’artiste ou qu’elle est dépassé par son succès.

Son look de ‘’ pagneuse ‘’ reste encore celui de madame tout-le-monde. Son parlé est presque trivial, quand elle distille à la foule d’admirateurs des « bidjou-bidjou », entendez bisou.

Pourtant, son coup d’essai pour dire l’évidence d’une déception amoureuse en chanson, est devenu un coup de maître ou plutôt de maitresse, au point que le succès se dessine à la vitesse de l’éclair.

Abondamment reprise dans la diaspora congolaise en occident où l’histoire racontée par Gustavie Mbemba est devenue le lot quotidien de nombreuses femmes, l’œuvre a rapidement traversé les frontières. Elle séduit de l’Afrique centrale à l’Afrique de l’ouest, jusqu’en occident où le rythme et la chorégraphie qui l’accompagnent on fini par prendre le pas sur la compréhension du texte.

Ainsi sont les œuvres empreintes de génie. Elles fédèrent par-delà l’idiome de leur interprétation originale. Chacun, où qu’il soit sur la planète, en ressent quelque chose qui réveille son feeling, le pousse à fredonner le morceau qui l’interpelle jusque dans ses tripes et à entrer dans la danse.

Ainsi, en quelques jours, Gustavie Mbemba est devenue une ambassadrice authentique de la Culture congolaise, une qui élève bien haut l’étendard vert-jaune-rouge.

Pour la petite histoire, le couple Gustavie Mbemba et Yannick vivait ensemble à Mindouli, dans le département du Pool au Congo-Brazzaville.

Un jour, alors qu'il achetait des jouets pour ses enfants au marché de la localité, Yannick fit la connaissance d'une jeune femme surnommée « Ma Moundélé ». Séduit par celle-ci, il commença une nouvelle relation.

Cette situation provoqua des tensions, de la jalousie et de nombreuses disputes jusque sur les réseaux sociaux.

Face à cette épreuve, Gustavie, l’épouse délaissée, décida d'exprimer sa douleur et son dépit amoureux à travers une chanson composée chez elle. Faire contre mauvaise fortune, bon cœur.

Encouragée par plusieurs femmes et soutenue par son sponsor Nguila, elle entra finalement en studio pour enregistrer son œuvre.

Dans cette chanson dédiée à sa fille jumelle Nzouzi ainsi qu'à son ex-mari Yannick, elle évoque les conséquences de l'infidélité et les souffrances vécues dans son foyer.

Extrait de la chanson :

« Arrête avec les soucis, mon bébé Nzouzi,

Arrête de penser à ton père Yannick, Nzouzi, ma fille.

Tu es la photocopie de ton père Yannick.

Ta grossesse était désirée par nous.

Je ne suis pas une femme frivole.

Regarde comment ton père accepte des grossesses dont il n'est pas l'auteur. »

Les fruits du succès poussent parfois à nos pieds, il faut simplement se baisser pour les ramasser. Gustavie Mbemba en fait la preuve.

Partie de rien, dans son Mindouli natal, elle cotoie désormais les cimes du succès, visiblement métamorphosée.

Pleins succès l'artiste!

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville