Congo – Royauté : Le Makoko et le Maloango pris en flagrant délit de recel de trophées des espèces protégées

Congo – Royauté : Le Makoko et le Maloango pris en flagrant délit de recel de trophées des espèces protégées

Une peau de panthère bien en évidence devant le roi et la reine, un collier fait de dents de panthère, un chasse-mouche en queue de buffle, les attributs royaux poussent bien au questionnement sur les modalités de prélèvement de ces espèces intégralement protégées.

Loin de nous toute velléité de perpétrer un crime de lèse-majesté. Cependant, que le roi Makoko ou Maloango s'affichent dans les cérémonies officielles, surtout au palais présidentiel, avec des attributs royaux qui sont en fait des trophées prélevés sur des espèces systématiquement protégés, cela a tout l'air d'un bras d'honneur inconsciemment fait aux lois et règlements du pays, sous les ors de la république de surcroît, et pousse à interrogations.

Le collier royal a pour pendentifs des dents de panthères

Quand bien même la lutte contre le braconnage, surtout des espèces protégées, se mène sans merci, personne n'a jamais rien trouvé à redire, devant ces attributs royaux faits de matériaux prohibés et dont la possession ou l'usage expose à des santions définies par la loi.

On a encore en échos le procès de Dolisie où des braconniers, trafiquants de peaux de panthères, tombés sous le coup de la loi ont été condamnés à de lourdes peines.

Gotrand Luther Likibi, Cédric Nzaou, Jeanne Moussonda et Prince Kombo Bakala, dont l’âge varie entre 30 et 52 ans, avaient été arrêtés en flagrant délit de détention de deux peaux de panthère. Bien moins que ce que le roi Makoko a tapissé sur les murs de sa résidence de Mbé.

Résidence du Makoko à Mbé. Des peaux de panthères ornent les murs

La panthère fait partie des espèces animales bénéficiant d’une protection intégrale en République du Congo. L’article 113 de la loi 37-2008 sur la faune et les aires protégées stipule : « quiconque détiendrait ou aura abattu, importé, exporté ou fait transiter sur le territoire national, les espèces protégées et ou leurs trophées, est passible d’une peine pouvant atteindre cinq (5) ans de prison ferme ainsi qu’une amende allant jusqu’à 5 millions de  francs CFA  ».

Si la loi est la même pour tous, surtout en république où les royautés existantes ne le sont qu'à titre « spirituel » ou cosmogonique, voire culturel, les attributs royaux dont se parent les rois devraient en toute logique faire l'objet d'une dérogation le cas échéant, quant à leur acquisition qui signifie la capture ou l'abattage par la cour royale, des espèces intégralement protégées.

Le parallèle avec la protection des éléphants est bien évocateur à propos. La protection des pachydermes intègre aussi l'interdiction du commerce de l'ivoire et des objets en ivoire, ainsi que leur port.

Il faudrait bien éviter qu'un jour, la jurisprudence Makoko de fait, sur le port des attributs royaux, ne mette à mal des juges face à des braconniers dont les avocats y feraient allusion.

Après tout, on est en république, pas dans un royaume, c'est évident. Et la rectitude du droit est la même pour tous.

Bertrand BOUKAKA