Afrique - Économie : Serait-ce bientôt la fin du Franc CFA ?

Afrique - Économie : Serait-ce bientôt la fin du Franc CFA ?

Le franc CFA, autrefois «franc des Colonies françaises d’Afrique », devenu aujourd’hui «franc de la Communauté financière africaine», est utilisé par 155 millions d'habitants repartis sur 15 pays. Plus de cinquante ans après les indépendances desdits pays, le Franc CFA ne fait plus l'unanimité auprès des économistes africains partagés quant à son efficacité pour le développement des pays qui l'ont comme monnaie.

Lors de la visite de son homologue ivoirien Alassane Ouattara en France le 15 mars dernier, le président François Hollande s'est dit «ouvert à toutes les propositions » concernant l'avenir du franc CFA.

Les partisans du franc CFA soulignent que le taux de change fixe lié à l’euro, ainsi que la garantie de la France, confèrent aux économies de la zone CFA une stabilité profitable. C’est par exemple l’avis de Lionel Zinsou: « Le franc CFA est une monnaie d’intégration » estime-t-il, jugeant cet atout « très important pour développer des grands marchés intérieurs ».

Les détracteurs de la monnaie franco-africaine dénoncent le coût exorbitant de cette tutelle qui exige un dépôt de garantie en France correspondant à 50% des réserves de change des 15 pays CFA. Ils déplorent également le fait que des pays africains soient contraints d’adopter la politique monétaire de l’euro, qui n’est pas toujours conforme à leurs intérêts.

À ce titre, le chef de l’État tchadien, Idriss Déby, déclarait pour les 55 ans de l’indépendance de son pays : « Cette monnaie, elle est africaine. Il faut maintenant que, réellement, dans les faits, cette monnaie soit la nôtre. (…) Il y a des clauses qui sont dépassées. Il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt aussi de la France. Ces clauses tirent l’économie de l’Afrique vers le bas. ».

Le président français François Hollande s'est donc dit «ouvert à toutes les propositions» que les 15 pays africains qui ont en partage le franc CFA, pourraient formuler au sujet de cette monnaie créée en 1945, lors de leur prochaine réunion prévue le 14 avril.

Le ministre français de l’Économie, Michel Sapin, participera à cette réunion qui se tient deux fois par an, alternativement, en France et dans l’un des pays membres de la zone franc.

La zone Franc comprend 14 pays d'Afrique subsaharienne (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Centrafrique et Tchad). Le quinzième membre est l'archipel des Comores.

Le franc CFA a une parité fixe avec l’euro et les pays de la zone franc ont l’obligation de déposer 50 % de leurs réserves de change auprès du Trésor public français. Ces pays disposaient en conséquence de quelque 14 milliards d’euros auprès du Trésor français en 2015.

Cet arrimage du franc CFA à l’euro était une garantie de stabilité monétaire dans la zone franc. Mais le système est aussi accusé par certains économistes de freiner le développement de l'Afrique.

En effet, les échanges intercommunautaires sont toujours faibles et la compétitivité est basse à cause de l'arrimage, pensent les opposants à ce système. Par ailleurs, les pays de la zone franc ne peuvent pas utiliser les 14 milliards d’euros confiés au titre de dépôt au Trésor public français, pour financer leur développement.

Benoît BIKINDOU/Source Ecofin