Allemagne : Victime du racisme, un prêtre congolais démissionne

Olivier Ndjimbi-Tshiende prêtre catholique germano-congolais officiant en Allemagne a quitté sa paroisse bavaroise pour protester contre les attaques racistes dont il était l'objet du fait de son soutien aux réfugiés. La mort dans l’âme, son autorité ecclésiastique a confirmé son départ lundi.

Même s’il a fait serment de suivre Christ, le père Olivier Ndjimbi-Tshiende n’est pas prêt à tendre les joues après les unes les autres pour se faire gifler. Le curé mettra fin au 1er avril à son sacerdoce dans la paroisse de Zornedig" en Bavière "et occupera de nouvelles fonctions", a indiqué l'Evêché de Munich en disant "regretter beaucoup" la décision et en affirmant "se tenir aux côtés" de son curé.

Ce natif de Pointe-Noire au Congo a annoncé sa décision dimanche lors de la messe à ses fidèles dans cette bourgade de 9.000 habitants proche de Munich. "Il se sent à présent soulagé (...) la situation a été pour lui très difficile à supporter", a souligné l'Evêché dans un communiqué.

Foi d’enfant de la côte. En attendant son départ, le père Olivier Ndjimbi-Tshiende prépare ses cartons

Olivier Ndjimbi-Tshiende est âgé de 66 ans. Il détient la double nationalité congolaise et depuis 2011 également allemande Il a jeté l'éponge en indiquant ne plus pouvoir supporter le climat de haine à son encontre dans sa paroisse.

La région où il officie est la principale porte d'entrée des migrants affluant en Allemagne depuis l'Autriche voisine.

Le prêtre a indiqué avoir reçu de nombreuses menaces de mort anonymes et fait l'objet d'insultes racistes, souvent publiques, émanant notamment d'élus locaux du parti conservateur CSU, branche bavaroise du mouvement de la chancelière Angela Merkel (CDU), qui contrôle depuis des décennies cet Etat régional très catholique.

Arrivé dans la paroisse en 2012, le prêtre s'était récemment désolidarisé de prises de positions anti-migrants de deux responsables locaux de la CSU - Sylvia Boher et Johann Haindl.

La première avait dénoncé dans le bulletin de la CSU "l'invasion" des réfugiés, tandis que le second avait menacé le prêtre en le traitant de "nègre". Le curé avait appelé en retour les fidèles et la CSU de la commune à ne pas oublier les valeurs chrétiennes fondamentales.

Les deux responsables politiques locaux avaient été poussés à la démission à l'automne dernier pour s'en être pris en termes parfois insultants à Mme Merkel. Mais selon le prêtre, les menaces et insultes anonymes à son encontre ont redoublé par la suite. Il a reçu des missives portant des messages tels que "Dégage à Auschwitz" ou "Après la messe, ton compte est bon", indique le quotidien de Munich Süddeutsche Zeitung.

La CSU critique depuis des mois de manière véhémente la politique d'ouverture d'Angela Merkel à l'égard des réfugiés et réclame - en vain jusqu'ici - une limitation de leur nombre.

Arielle KAMBISSY

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