Congo  : L'Ambassade de France au Congo a publié une note de conjoncture économique des plus pessimistes sur le Congo

Congo  : L'Ambassade de France au Congo a publié une note de conjoncture économique des plus pessimistes sur le Congo

Notre rédaction a eu connaissance d'une note de conjoncture économique sur le Congo, rédigée par Catherine Dumarché et publiée par le service économique de l'ambassade de France. En voici le texte intégral.

AMBASSADE DE FRANCE EN REPUBLIQUE DU CONGO SERVICE ECONOMIQUE

Brazzaville, le 6 février 2018

Le Chef du Service économique

NOTE DE CONJONCTURE ECONOMIQUE

Réunion CCEF du 8 février 2018

Objet : Synthèse des différents entretiens du CSE menés dans le cadre de la mission macro-économique du 23 au 26 janvier 2018 à Brazzaville conduite par le SER de Yaoundé.

Une dette publique à maîtriser impérativement avant toute intervention du FMI – un budget d’austérité en conséquence, qui table sur le pétrole pour tirer la croissance - un besoin en financement conséquent mais des bailleurs de fonds peu allants– un compromis FMI/autorités locales qui risque d’être nivelé vers le bas, afin de préserver la stabilité monétaire de la zone CEMAC.

Entretiens réalisés avec la CCA, la BEAC, les ministères des Finances (DG Monnaie et DG Budget) et de l’Economie (DG Economie), la BM, la Primature (Conseiller aux Finances et portefeuille public), le FMI (visio-conférence avec Washington), la LCB, la DUE, les services commerciaux de l’ambassade de Chine.

La mission s’est effectuée sur fond de loi de finances 2018, tout juste votée par le Parlement, caractérisée par un budget d’austérité destiné à reconstituer les réserves en devises du pays, et d’une mission congolaise à Pékin emmenée par le ministre des Finances en vue de finaliser la négociation de la dette bilatérale.

On peut retenir des entretiens les points prégnants suivants qui fédèrent :

1-Un pays, fortement endetté, qui tente de restructurer sa dette mais avec des résultats mitigés

Le pays enregistre une dette publique qui, d’après les chiffres recueillis lors des entretiens, avoisinerait les 110% d’un PIB estimé par la Primature à 5 305 Md FCFA (8,08 Md EUR), bien loin des 70% requis par le comité de convergence de la CEMAC.

Selon la CCA, la dette publique s’établirait à 5 784 Md FCFA (8,81 Md EUR), dont 3 902 Md FCFA au titre de la dette extérieure et 1 858 Md FCFA au titre de la dette intérieure apurée des dettes fictives (BEAC) et minorée des dettes de la compagnie aérienne ECAIR estimée à 35Md FCFA (53M EUR), que le FMI n’a pas prise en compte sur demande de l’État (Finances). La dette intérieure serait toujours en cours d’audit par EY, qui doit rendre ses conclusions à tout moment.

L’objectif, non contesté, est d’apurer la dette intérieure et surtout de maîtriser la dette extérieure. La gestion de la dette publique est d’autant plus importante que le pays ne dispose pas de Fonds souverain, tout au plus un Fond de stabilisation des recettes budgétaires et un Fonds pour les générations futures censé limiter l’impact des chocs pétroliers sur l’économie, mais qui ne sont que coquilles vides, les décrets d’application n’étant jamais sortis.

L’exercice reste, sur le terrain, plutôt délicat :

Les négociations avec les traders (Glencore, Trafigura et UBA) ont été engagées mais traînent en longueur. Leurs créances sont estimées à 1 200Md FCFA selon la CCA (1,828Md EUR)). Un rachat par les Chinois, un moment évoqué devant l’ambassadeur de l’UE, n’est plus d’actualité (ambassade de Chine).

Concernant la Chine, sa dette intérieure est estimée à 548 Md FCFA (835M EUR) par la CCA (dette non encore ordonnancée) ; cette dette commerciale chinoise n’aurait toujours pas été rachetée par Pékin, même si cette hypothèse n’est pas à écarter.

S’agissant de la dette extérieure chinoise, estimée à environ 1 600 Md FCFA par l’ambassade de Chine (43% de la dette extérieure globale, après audit), elle aurait bénéficié de la conclusion d’un accord intervenu à Pékin le 24 ou 25 janvier et porterait sur le rééchelonnement de la dette bilatérale, sans allongement de la durée (ambassade de Chine), aucun paiement exigé sur 3 ans sur les prêts préférentiels, en concordance avec le plan triennal du FMI, mais les charges deviendraient de facto plus lourdes au-delà (CCA). Une annulation même partielle de la dette de la part d’EximBank sur les prêts conventionnels a donc été écartée et les projets financés sur prêts sans intérêts, qui auraient pu y prétendre, sont actuellement en période de différé.

Au Club de Paris, le Congo ne reconnait pas les arriérés de la Russie, qui s’est rétractée alors qu’elle avait participé au point d’achèvement de 2010 ayant conduit à l’annulation de la dette. En revanche, les résistances seraient devenues moins fortes concernant la dette brésilienne.

2- Une loi de Finance 2018 qui reflète la recherche d’une stabilité de la monnaie au détriment de la croissance et table sur le pétrole pour tirer la croissance

Élaboré avec l’hypothèse d’un programme FMI, le budget 2018 a fait l’objet d’une validation de ses fondamentaux macroéconomiques par l’institution financière.

Pour mémoire, le FMI conditionne son intervention à la restructuration de la dette et à une meilleure gouvernance (demande de réformes structurelles/ transparence accrue) pour rendre la dette soutenable, tout en préservant les programmes sociaux.

C’est donc un budget d’austérité qui privilégie la maîtrise de la dette extérieure avec un focus sur la reconstitution des réserves au détriment de la croissance. La BEAC maintient à cet effet sa politique monétaire contraignante pour raréfier la liquidité, déjà négativement impactée par la crise. Les banques seraient solvables mais en manque criant de liquidités (ministère des Finances), tant en monnaie locale qu’en devises, générant des difficultés de paiement et des crédits en baisse sensible (-18%). Une réflexion sur des allocations exceptionnelles de liquidité aux banques est en cours (BEAC) mais l’aval du Comité monétaire et du comité interministériel sont encore requis. La politique monétaire va rester contraignante, afin de ne pas favoriser les importations et la détérioration des termes de l’échange.

Bâti sur un taux de croissance de 07% après les années de récession 2016 (-3,1%) et 2017 (-4,6%), le budget fait le pari d’un redressement du baril de pétrole pour tirer la croissance (60USD/baril), confortées en cela par les prévisions du FMI. Les recettes pétrolières (750Md FCFA) sont attendues en forte augmentation (+91% !) basées sur les nouveaux schémas de partage de production - toute production de barils supérieure à 50 USD amplifie les recettes de l’Etat, les 50 USD ayant été définis comme la limite supérieure du Cost-oil-et sur le fait nouveau que les 750Md FCFA intègrent désormais une partie des engagements (service de la dette : capital + intérêts), notamment des traders, estimées à 300Md FCFA. Les recettes douanières et fiscales montrent une hausse prévisionnelle de 12% avec l’effort qui porte principalement sur le secteur non pétrolier.

Côté dépenses, la réduction des dépenses d’investissements est drastique (164Md alors qu’elles représentaient 76% du PIB) avec la priorité donnée aux investissements structurants déjà amorcés dans les routes, l’énergie, l’eau, les ponts (Finances). Les investissements de transferts tiennent compte des secteurs sociaux.

L’augmentation attendue des recettes pétrolières et des dépenses compressées permettent de dégager un excédent budgétaire de 219Md FCFA mais l’ensemble des budgets, budget général et budgets annexes, qui actent à partir de 2018 l’intégration notamment des régies et directions ministérielles, fait apparaître un besoin en financement global pour 2018 de 779Md FCFA (environ 1, 187 Md EUR).

Ce besoin serait comblé, d’une part par l’excédent budgétaire de 219 Md FCFA (333,7 MEUR-) et les 559Md FCFA (852 MEUR) restant par l’appel aux bailleurs de fonds.

Le FMI demande une couverture de ce besoin dès la première année.

3- Des bailleurs de fonds qui restent prudents sur le financement du déficit budgétaire et des progrès en matière de gouvernance encore timides

Si la Chine ne semble pas s’opposer à l’intervention du FMI, elle ne devrait pas intervenir en appui budgétaire en cas de conclusion d’un programme économique et financier, sauf à devoir rembourser les 7 projets validés au titre du partenariat stratégique.

L’UE, pour sa part, a réaffirmé qu’elle n’interviendrait pas en appui budgétaire, faute d’une transparence suffisante. Si cela devait néanmoins se faire, l’aide serait ponctionnée sur le 11ème FED, déjà en repli de 13% en 2018.

Les bailleurs de fonds actifs au Congo-Brazzaville, la BM et la BAD, approchés par les autorités congolaises sur des demandes d’aide respectivement de 1,5Md USD et 500M USD, restent dubitatives. Si la BM, engagée à hauteur de 300M USD par an sur le Congo, est en phase de finalisation de la matrice d’appui budgétaire, la BAD, moins allante sur le pays avec des engagements globaux de 470M USD concentrés sur 2 projets, n’a toujours pas ouvert les négociations, dans l’attente de l’intervention du FMI. Pour intervenir, la BM exige une mobilisation des ressources domestiques plus importantes (taxes foncières, douanières, forestières, etc. –une efficacité des finances publiques (fonds touristiques, transports, routiers, agricole, réforme des entreprises publiques), un appui aux secteurs sociaux (éducation, santé, extension de la protection sociales) et la diversification de l’économie (notamment agriculture avec la réforme foncière et effort sur la recherche).

S’agissant du volet gouvernance, l’étude demandée par le FMI n’est toujours pas sur la table mais des avancées sont perceptibles avec la dissolution actée en conseil des ministres du 2 février 2018 des sociétés publiques de l’eau (SNDE) et de l’électricité (SNE), qui donneront naissance à 3 sociétés anonymes : la société de patrimoine du secteur de l’électricité, la société de transport de l’électricité, la société de patrimoine du secteur de l’eau.

Dans le domaine de la gouvernance forestière -le secteur forestier qui participe pour 6% au PIB, ne collecte que 10Md FCFA par an-, le gouvernement a décidé de recourir au recouvrement forcé des taxes. Il a également fini par mandater Gottlieb en tant que conseil juridique et Lazard en tant que conseil financier et des comptes ont été ouverts (BEAC), adressant enfin au FMI un signal positif quant à sa volonté d’avancer sur la restructuration de la dette et la transparence en matière de publications des comptes de la SNPC.

À l’aune des progrès déjà constatés, le FMI confirmait le 24 janvier maintenir le calendrier de négociation avec une mission prévue en février et un passage en Conseil d’Administration en avril.

Le ministre des Finances a adressé la lettre d’intention au FMI le 21/1 (Finances) mais le mémorandum technique fait encore l’objet d’échanges sur des aspects de gouvernance (BEAC/FMI).

La Rédaction