Algérie : il ne fait pas bon être migrant subsaharien

Algérie : il ne fait pas bon être migrant subsaharien

Un des hommes forts de la présidence Bouteflika, Ahmed Ouyahia, 65 ans, a déclenché la colère des internautes, mais aussi des défenseurs des droits de l'homme en Algérie après avoir tenu en direct sur une chaîne privée des propos "racistes". Un discours, des incidents, des actes qui se multiplient alors même que le gouvernement a fait la promesse d'améliorer la condition des personnes originaires du continent en situation irrégulière.

«Ces étrangers en séjour irrégulier amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux », a accusé, au micro de la télévision privée Ennahar TV, Ahmed Ouyahia, directeur de cabinet du président Abdelaziz Bouteflika avec rang de ministre d'État.

«Ces gens-là sont venus de manière illégale (...) On ne dit pas aux autorités jetez ces migrants à la mer ou au-delà des déserts, mais le séjour en Algérie doit obéir à des règles », a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, Amnesty International a estimé "choquants et scandaleux" ces propos qui "alimentent le racisme et favorisent la discrimination et le rejet de ces personnes" ayant "fui les guerres, la violence et la pauvreté".

«Il est de notre responsabilité de les accueillir, conformément aux textes internationaux signés et ratifiés par l'Algérie », souligne l'organisation de défense des droits de l'homme.

Secrétaire général de la Ligue algériennes de défense des droits de l'homme (LADDH), Abdelmoumene Khelil, a fustigé des déclarations "dignes des discours de l'extrême droite européenne", qui "viennent torpiller le discours équilibré sur le sujet du nouveau Premier ministre" Abdelmajid Tebboune, nommé fin mai.

Pourtant le gouvernement de Tebboune a annoncé son intention d'élaborer une loi sur le droit d'asile en Algérie, qui ne dispose pas de législation sur les réfugiés bien qu'elle ait signé les principales conventions internationales.

Les migrants en situation irrégulière en Algérie - essentiellement des Subsahariens, estimés à environ 100 000 par les ONG - vivent hors de tout cadre juridique et dans des conditions le plus souvent extrêmement difficiles, souvent exploités par des patrons indélicats.

Jean-Jacques Jarele SIKA