Congo – FMI : Clément Mouamba sur la corde raide, avec un air de déjà vu

Congo – FMI : Clément Mouamba sur la corde raide, avec un air de déjà vu

Le Congo entame en ce mois de septembre qui pointe, des discussions cruciales avec le fonds monétaire international, tel qu'annoncé par le président Denis Sassou N'Guesso dans son message à la nation du 14 août dernier, afin de trouver des solutions pour résorber la crise économique qui secoue le pays. Le premier ministre congolais, lui même économiste et qui aura à piloter lesdites discussions, devra arbitrer entre la sauvegarde de l'essentiel des acquis sociaux obtenus de haute lutte par les congolais, et les mesures drastiques édictées par l'institution financière internationale. Un exercice périlleux pour Clément Mouamba, d'autant plus que depuis plus d'un an déjà, il n'a assurément pas respecté les prescrits du FMI et apparaît quelque peu comme étant l'un des responsables de la situation actuelle.

Du précédent programme du FMI, les congolais auront plus retenu les douleurs causées par ses fourches caudines.

« Programme d'ajustement structurel renforcé », de nombreux congolais s'en souviennent encore comme si c'était hier, surtout de par les ravages qu'il causa dans la fonction publique congolaise, à travers des mesures jugées coercitives, avec un effet d'entraînement ressenti comme une pilule amère, sur le reste de l'économie nationale. 

Le ressenti dans la population fut très dur. La « rupture », mot que les congolais usent désormais en dérision pour nommer la crise, n'a rien à voir avec le « PAS » ou le « PASR » qui le renforça. Ce fut la paupérisation sociale à marche forcée. Larmes et grincement des dents. La grogne sociale fut étouffée par un syndicalisme politiquement rangé derrière la toute puissante confédération syndicale congolaise qui fit comprendre à la classe ouvrière, aux militaires et aux intellectuels révolutionnaires, l'objet de ces « nécessaires sacrifices ». Des périodes de vaches plus que squelettiques, et la survie était semble t-il à ce prix.

Ce fut l'époque de la première envolée du chômage dans le pays, avec le gel des recrutements à la fonction publique, principal pourvoyeur d'emploi pour les nombreux diplômés sortis de l'université Marien Ngouabi, ou rentrés de l'étranger.

Nombreux de ceux qui rentraient de l'étranger justement, laissèrent derrière eux l'essentiel de ce qu'ils avaient pu y amasser au long des ans, faute pour l'État de ne pouvoir leur donner de quoi rapatrier leurs biens.

Ce fut le temps où le salaire des fonctionnaires fut amputé d'un pourcentage qui restait en travers de la poche des travailleurs. Le temps où leurs avancements n’eurent plus d'effets financiers.

Le temps où les stages et autres formations continues furent sursis pour de nombreux cadres et travailleurs, parce que trop coûteux, entraînant de facto une sclérose des connaissances chez de nombreux travailleurs qui ne furent pas remis à niveau.

Ce fut le temps où, faute de ne pouvoir recruter des enseignants en nombre suffisant, les ratios explosèrent dans les classes pédagogiques. Les enseignants soumis à la surpopulation des classes soutinrent péniblement un rythme qui les rendait soit malade, sinon improductifs ne pouvant évaluer des élèves dont il fallait corriger jusqu'à 80 copies par classe au lycée, voire 100 à 125 copies au collège. Un nombre à multiplier par le nombre de classe où l'on prestait.

Ce fut le temps où les table-bancs se furent rares dans les salles de classe, faute de crédits pour les renouveler. À défaut de se serrer jusqu'à s'étouffer, les élèves s'assirent à même le sol.

Ce fut le temps où à l’hôpital, les rendez-vous médicaux devinrent plus difficiles à obtenir. L'administration des soins prit deux vitesses, l'une pour les plus fortunés et l'autre pour les moins fortunés ou les indigents.

De toutes ces mesures on retiendra qu'elles consacrèrent l'argent-roi. La corruption s'installa avec pour justification le PAS. L'école prit la dimension privée ouverte aux plus fortunés qui délaissèrent l'école publique entièrement démunie.

L'hôpital public perdit de sa superbe au profit des cabinets privés.

Même à la pharmacie, les prix des médicaments grimpèrent, faute pour l'État d'en amortir les coût. On commença à mourir l'ordonnance à la main, même pour les produits les plus usuels, naguère fournis au dispensaire ou à l'hôpital.

Face à l'explosion de la mortalité à Brazzaville, le service funéraire fut entièrement étatisé à travers la morgue municipale qui devenait du coup une entreprise des plus florissantes et hélas onéreuses du pays.

La lutte des classes longtemps clamée par un socialisme triomphant agonisa marquant l'avènement d'une bourgeoisie insolente.

Parmi les acteurs des précédentes négociations qui causèrent tant de mal aux congolais qui ne s'en sortirent de nombreuses années plus tard qu'avec l'initiative PPTE et l'effacement de la dette, il y avait coté congolais, un certain Clément Mouamba. Comme pour dire, dans le mêmes circonstances de crise, on prend les mêmes et on recommence. Et après ?

Le Fonds monétaire international va proposer une batterie de mesures d'ajustement pour la République du Congo, en échange de son appui. Un appui sous lequel les congolais risquent fort de crouler.

Bertrand BOUKAKA