Le Congo se trouve dans une conjoncture difficile (Calixte Nganongo)

Le Congo se trouve dans une conjoncture difficile (Calixte Nganongo)

Très mauvaise nouvelle pour les congolais qui doivent encore se "serrer la ceinture". Le ministre des Finances, Calixte Nganongo a déclaré vendredi dernier à Brazzaville, que «Le Congo se trouve dans une conjoncture difficile » et appelle à une gestion très rigoureuse des ressources financières.

On rappelle que l’économie congolaise reste très peu diversifiée, axée principalement sur l’industrie pétrolière (environ 60 % du PIB) et dans une moindre mesure sur le bois (5%) et l’agriculture (3%), la part des autres secteurs dans le PIB restant très marginale. Elle est donc largement dépendante de l’évolution des cours des matières premières.

La croissance économique du pays a connu un ralentissement marqué à partir de 2015 pour devenir négative en 2016, sous l’effet conjugué de la chute de près de 60% du prix du baril de pétrole depuis mi-2014 et du ralentissement des capacités de production de l’industrie pétrolière congolaise (-8,3% entre 2015 et 2016).

La situation financière de l’État se détériore. En 2016, les recettes publiques ont fortement chuté et les réserves de change se sont épuisées.

La croissance du PIB, initialement prévue à 4,4%, puis révisée à 1,7%, a été finalement ramenée à -2,7% pour 2016 par le FMI, soit le taux le plus faible depuis 20 ans, alors que ce taux était encore de 6% en 2014, avec une baisse de 3,3 pourcent de l'activité économique non pétrolière. La croissance a été négative dans tous les secteurs, à l'exception de l'agriculture.

La crise, selon la Banque mondiale, risque de durer avec un prix du baril qui ne devrait pas évoluer fortement de la fourchette actuelle des 52-56 USD. Les prévisions du FMI sur les prochaines années se situent autour de 54 USD.

La loi de finances 2017 est marquée par une forte contraction du budget de 24% avec des ressources budgétaires en baisse de 22% et des dépenses en repli de 14%.

Les arriérés intérieurs accumulés en 2016 seraient nettement plus importants, selon des indications préliminaires du secteur privé formel. Cette dette, pour moitié chinoise, aurait été contractée en grande partie en toute autonomie par la Direction Générale des Grands Travaux à des conditions non concessionnelles sans contrôle de la Caisse Congolaise d’Amortissement.

Selon les prévisions de la Banque mondiale, la croissance économique devrait rebondir à 2,5-3% en 2017, soutenue par les investissements publics (lignes de fibre optique, infrastructures de transport) et un redémarrage de la production minière : mise en activité en mars 2017 du champ pétrolier Moho Nord phase 2 opéré par TOTAL et relance de l’exploitation de gisements de potasse et de polymétaux. Elle serait toutefois insuffisante de moitié face au taux de croissance de la population, s’il n’y a pas d’ajustement budgétaire significatif, qui permettrait de ne pas toucher aux filets sociaux et remettre en cause la baisse amorcée du taux de pauvreté.

Le regain de la croissance économique repose aussi sur la volonté de l’État de procéder à des réformes structurelles indispensables pour attirer les IDE et financer la diversification économique.

Or, cette dernière peine à démarrer. Le port de Pointe-Noire, qui dispose d’atouts réels, avec l’élargissement prévu de son terminal à containeurs, travaille en dessous de ses capacités actuelles, avec des importations en repli sensibles.

Des incertitudes persistent quant à la production pétrolière congolaise au-delà de 2018 (pic pétrolier théorique), laissant planer quelques doutes sur l’avenir économique du pays, si l’État ne trouve pas de financements à court terme lui permettant d’endiguer le repli des réserves et couvrir son déficit budgétaire.

Germaine Mapanga